Mon chien n'obéit pas ! Pourquoi ? Que faire ?

Mon chien n’obéit pas ! Pourquoi ? Que faire ?

 

Le chien est quasiment le seul animal de compagnie pour lequel on parle d’obéissance. La principale raison est que le chien est encore souvent utilisé par l’homme comme chien de travail (berger, pistage, recherche, défense, assistance). Or pour travailler, il faut obéir. Par ailleurs, en tant que chien de compagnie, il suit son maître partout, il doit donc bien se tenir, être sous contrôle, donc bien obéir.

La notion d’obéissance implique une notion fondamentale : la communication. Pour résoudre un problème d’obéissance, il faut donc analyser la communication entre le chien et son maître et chercher comment l’améliorer.

• Obéissance et communication

La communication est un mode particulier de relation entre deux individus qui doivent avoir certaines affinités. En effet, l’émetteur doit transmettre des informations sous une certaine forme – on parle d’encodage - pour que le récepteur puisse les comprendre – on parle de décodage – et y répondre.

Trois conditions pour que la communication soit de bonne qualité :

$1-        1 -  l’émetteur doit émettre un message lisible pour le récepteur

$1-        2 - le message doit être acceptable dans le contexte où les individus se trouvent

$1-        3 - le récepteur doit être capable de décoder le message et d’y répondre.

  • • Obéissance et ordres

La notion d’ordre est implicite quand on parle d’obéissance. Prenons un exemple simple : le maître demande à son chien de s’asseoir, s’il est obéissant, il s’assoit dans la seconde. Mais l’ordre « Assis », n’a de signification pour le chien que si celui-ci a été conditionné auparavant. On parle de conditionnement opérant, c’est-à-dire que le chien doit avoir été entrainé à s’asseoir en entendant l’ordre. Un chien qui n’aura pas été conditionné, ne pourra pas comprendre et répondre aux ordres.

  • • Obéissance et autorité

La notion d’autorité est aussi implicite. Tel un militaire qui obéit à son supérieur, certains attendent d’un chien qu’il obéisse à son maître parce qu’il DOIT obéir à son maître. Pour eux, l’obéissance va de pair avec l’autorité voire l’autoritarisme. Ils vous diront qu’il faut être « ferme », autoritaire voire brutal, pour que le chien se soumette à l’ordre… quel que soit l’ordre et quel que soit le contexte. Si l’animal n’obéit pas, c’est qu’il refuse l’autorité, qu’il refuse de se soumettre donc qu’il est dominant. Le chien ne devient qu’une machine à obéir. Quand on est conscient des aptitudes cognitives d’un chien, du rapport de complicité et de confiance que l’on peut établir avec lui, ce type de relation généralement brutale paraît bien pauvre et réducteur… et souvent source de maltraitance !

  • •  Obéissance, confiance et complicité

Le chien s’est rapproché de l’homme depuis près de 15 000 ans, chacun trouvant des avantages à vivre ensemble : le chien mangeant les restes alimentaires en contrepartie de son rôle de gardien de territoire. Plus qu’un échange de bons procédés, des liens d’affection, d’attachement, d’ « amour » réciproque[1] se sont développés entre le chien et l’homme. Ces rapports de confiance et de bienveillance sont proches de ceux qu’un adulte entretient avec un enfant en lui prodiguant respect, protection et réassurance si nécessaire. Le terme d’obéissance paraît souvent impropre dans ce cadre-là.

• Pour que le maître communique bien

L’objectif du maître quand il cherche à faire obéir son chien doit être clair. « Je veux que tu sois sage», est un message trop flou. En revanche, « Je veux que tu cesses d’aboyer» est plus simple à mettre en œuvre. Pour rendre le message plus limpide, il faut économiser les gestes et les mots (pas la peine de faire un discours ou de crier) et que l’ensemble des signaux soient cohérents. Soit on est content, et ça se voit, soit on est fâché et là encore cela doit être évident pour tout spectateur.

Enfin, il faut que le contexte puisse permettre au chien d’obéir. Demander à un chien de sauter d’une hauteur de plusieurs mètres au risque qu’il se blesse est impossible : le chien a conscience du vide, il ne peut accepter de répondre à cet ordre. Rappeler un chien en se montrant menaçant est du même ordre : comment le chien peut-il revenir vers son maître quand il sait qu’il va se faire punir. C’est une injonction paradoxale à laquelle il n’y a pas de bonne réponse : soit il s’approche vite et « s’en prend une », soit il reste où il est mais il va continuer d’être menacé… donc il va avancer prudemment, en émettant de nombreux signaux de stress mais il se fera réprimander « pour avoir mis du temps à revenir ».

Encadré : quelques exemples

Faire cesser les aboiements. On va se montrer fâcher autant dans la posture (vers l’avant, le regard sur la croupe du chien), que dans les mimiques (on a l’air contrarié, le regard est sévère, la mâchoire serrée), et les intonations de la voix (ton de la voix grave, on ne crie pas, voire on chuchote dents serrées). Dès que le chien obtempère, on s’apaise, on sourit : il comprend alors que s’il arrête, votre humeur est meilleure ce qui le réconforte. 

Le rappel est une invitation à revenir vers le maître. L’idée première est que le chien soit motivé pour revenir : l’invitation doit donc être clairement sympathique. La voix est enjouée, plutôt aigüe, on sourit, et on tape sur ses cuisses (ce qui ressemble à un appel au jeu pour le chien). Quand il revient, on le récompense, on sourit et surtout on ne le réprimande pas s’il a mis du temps à venir, on ne le piège pas en le rattachant aussitôt, car la prochaine fois il sentira le piège.

En résumé, il faut jouer franc jeu avec son chien pour conserver sa confiance – la confiance étant réciproque - et améliorer de jour en jour les liens de connivence et de complicité.

• Pour que le chien réponde bien au message donc obéisse

Il faut qu’il soit disponible tant sur le plan physique que psychique. S’il a faim, s’il a soif, s’il est fatigué, s’il ressent de la douleur, il ne sera pas disponible pour entendre son maître et aura des difficultés à lui obéir. C’est d’autant plus le cas quand l’ordre est même contraire au motivation du chien. Un chien affamé aura du mal à ne pas manger la nourriture qu’on lui propose. Un chien fatigué et frileux blotti dans le coin du canapé aura du mal à en descendre rapidement pour aller se coucher sur le sol d’une pièce mal chauffée. Évidemment, un chien sourd n’entend pas (donc ne répondra pas aux ordres prononcés), un chien aveugle comprendra mal ou et s’il souffre d’arthrose, il se déplacera moins vite si on lui demande de bouger. Faire preuve d’empathie – se mettre à la place de son chien, permet d’adapter ses manières de faire, donc de mieux se faire obéir.

Enfin, un chien qui souffre d’un trouble du comportement aura bien souvent des difficultés à bien obéir. L’hyperactivité, la peur, l’anxiété, la dépression sont autant de maux qui altèrent les capacités d’obéissance d’un chien. Tant qu’il souffrira de ce trouble, il répondra difficilement  aux ordres de son maître, pas parce qu’il ne le veut pas, mais parce qu’il ne le peut pas. Et si les méthodes utilisées ne sont pas adaptées (méthodes classiques/punitives chez un chien anxieux par exemple), cela aggrave la situation. Par conséquent, il faut d’abord penser à soulager le chien (soigner son trouble du comportement) pour qu’il devienne réceptif, donc plus obéissant. Les vétérinaires comportementalistes sont là pour vous aider à comprendre le trouble dont un chien peut souffre et proposer une prise en charge adaptée.

 



[1] Les notions d’affection, d’attachement et d’autant plus d’amour réciproques entre l’homme et l’animal, en l’occurrence entre l’homme et le chien, sont encore très controversées dans le monde scientifique et dans le monde cynophile. Pour ma part, je travaille avec ces notions-là car j’estime qu’elles existent bel et bien et permettent de comprendre nombre de comportements et de troubles du comportement. 

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