Conseils à l'acquisition d'un chiot

 

Auteur : Dr Valérie Dramard
Date : 2008-01-08

Niveau star1

En vue de l'acquisition d'un chiot, les futurs propriétaires s'adressent fréquemment à un vétérinaire ou à leur ASV pour savoir comment choisir un chiot. Vaste sujet ! Les questions sont nombreuses et les réponses pas si simples qu'il n'en paraît. Le choix d'un chiot repose sur le futur contexte de vie du chien (composition de la famille, présence ou non de jeunes enfants, taille de l'habitation), mais aussi sur la provenance du chiot (particulier, élevage, animalerie) et surtout sur la qualité de son développement. Cet article concerne surtout l'achat d'un chien de compagnie, c'est-à-dire qui vivra en famille et ne traite pas des chiens adoptés dans un refuge.

jack_russel

Quelle race?

C'est souvent la première question qui est posée. « Quelle race me conseillez-vous ? » Question piège pour plusieurs raisons. Selon l'expérience propre de chacun, on est tenté de répondre : « Prenez un Cavalier King Charles, c'est le chien d'appartement par excellence » ou « ne prenez pas de Jack Russel, ils ont souvent des problèmes de comportement ». Il est vrai que selon les époques, certaines races vont présenter plus de troubles du comportement que d'autres. Il y a 30 ans, les Labradors avaient la réputation d'être des chiens calmes et placides (le labrador a été le chien des présidents de la république pendant plus de 20 ans!). Depuis près de 10 ans, il en va tout autrement : le Labrador a la réputation d'être hyperactif et destructeur. Les Cockers ont mauvaise réputation en raison de leur agressivité, les Boxers ont sont réputés pour être « très toniques ». D'après une récente étude (thèse d'Eugénie Gerbier Lyon janvier 2005), il ne semble pourtant pas y avoir de races prédisposées à l'hyperactivité. En revanche, les chiens hyperactifs proviennent deux fois plus souvent d'élevage ou d'animalerie. La provenance et les conditions d'élevage constituent en effet des facteurs prédominants du syndrome Hs-Ha.

Pourles chiens à la mode, des précautions particulières

Si les gens souhaitent acquérir un chien de race « à la mode », il convient de les prévenir des risques plus ou moins importants de troubles du développement selon la provenance du chiot.

Selon les époques, certaines races sont plus à la mode que d'autres. Des séries télévisées (par exemple, il y a plus de 30 ans, Lassie le colley, Rintintin le Berger Allemand), certains films (Belle et le Clochard pour le Cocker, les 101 dalmatiens, mais aussi Bethoven pour le Saint Bernard, Baxter pour le bull Terrier et Mask pour le Jack Russel) et la présence de certaines races dans les publicités (Golden Retriever, Labrador, Westie, Jack Russel, Basset Hound...) font la publicité de races parfois méconnues. Ainsi le Jack Russel qui est à l'origine un chien de chasse (sanglier) ou à la fin des années 80 le Berger des Pyrénées (chien de berger) sont soudainement élevés pour être chien de compagnie parce que c'est la mode. Parler de chiens à la mode sous-entend augmentation de la demande donc intensification du marché et du commerce... et risque de dérive au sein des élevages. Les chiens sont produits en nombre, la qualité du comportement importe peu puisque de toute façon il y a de la demande. Il n'y a donc plus de contrôle de la qualité du maternage, ni de sélection pour écarter par exemple les femelles produisant des chiots ayant des troubles du comportement. Pour être plus rentables, certains élevages font reproduire leurs chiennes plus d'une fois par an... et pour cela, les chiots sont retirés de la mère dès que possible c'est-à-dire à l'âge de 5 semaines. Ainsi, la mère peut se « remettre » plus vite et repartir à la reproduction.

Malheureusement, les chiots ne sont pas correctement maternés et souffriront très probablement d'un trouble de développement.

Quelle taille ?

La taille du chien une fois adulte est un critère de choix important. C'est une question de bon sens. En milieu urbain où les appartements sont souvent exigus (parfois moins de 20 m2), il paraît déraisonnable de posséder un chien de plus de 30 kg. Les races de petit format sont plus adaptées à la vie en studio que les races de format géant. Toutefois, quelle que soit la race du chien, il a besoin de la même façon de sortir, de faire ses besoins, de marcher, de rencontrer des congénères.

Si les futurs propriétaires ont de très jeunes enfants, il faut leur déconseiller de prendre un chien de grande taille, sinon qu'ils soient assurés de la très bonne qualité de développement du chien (cf. ci-dessous). En effet, un chien hyperactif (Hs-Ha) est brusque et fait tomber facilement les enfants. Par ailleurs, les conséquences d'une morsure de Rottweiller sur un petit enfant ne sont pas les mêmes que s'il s'agit d'un Yorkshire.

Où l'acheter ?

Si les gens souhaitent un chien de race, il faut leur conseiller de prendre contact avec plusieurs éleveurs. Certains font de l'élevage familial et élèvent peu de chiots à la fois.D'autres sont à la tête d'un élevage de plusieurs dizaines de reproducteurs. Les détails sur le comportement d'un chiot en particulier seront évidemment plus faciles à obtenir dans un élevage familial que dans un grand élevage. Attention, Ce n'est pas parce qu'un élevage fait beaucoup de publicité dans les magazines, qu'il vend des chiens « de bonne qualité ». Attention aussi aux « élevages toutes races ». En réalité, ce sont souvent des revendeurs qui n'élèvent pas les chiots, leur provenance étant alors mal définie.

Il existe des animaleries qui veillent à vendre des chiots de qualité notamment en sélectionnant les élevages, mais les intérêts commerciaux semblent parfois dépasser leurs efforts. Certaines animaleries commandent des chiots en Yougoslavie ou Slovaquie, pays où les conditions d'élevage sont souvent mal connues et les risques de troubles du développement plus élevés. Il existe enfin des chiens issus de « trafics » qui ont fait l'objet de nombreux reportages télévisés qui transitent par la Belgique ou par l'Espagne qui alimentent certaines animaleries, certains revendeurs et les petites annonces (journaux, Internet).

Qu'est ce qu'un chien de race de bonne qualité ?

La qualité d'un chien de race se situe à deux niveaux : la génétique et l'épigénétique. La génétique est à l'origine de la « beauté » du chien (morphologie, robe...), de l'absence de tares (dysplasie des hanches, des coudes, dystrophie rétinienne, myocardiopathie...) et de certaines aptitudes comportementales surtout chez les chiens d'utilité (chasse, berger). L'épigénétique, c'est tout ce qui se passe après la conception, c'est-à-dire pendant la gestation, lors de la mise bas et après (maternage, éducation, expériences de vie).

La génétique est importante, mais elle peut être complètement « abîmée » par de mauvaises conditions d'élevage. Pour apprécier la qualité génétique, les informations sur la mère et le père et plus largement l'arbre généalogique suffisent.

En ce qui concerne la qualité « épigénétique », il vaut mieux aller dans l'élevage avant d'acheter, et demander à visiter les locaux. Si l'éleveur ne veut pas, il vaut mieux repartir les mains vides. Il faut voir la mère. Si elle présente un comportement anormal (léthargique, agressive, peureuse, hyperactive), le maternage n'a probablement pas été optimal et il est raisonnable de ne pas prendre un chiot de cette chienne. Si la portée a été très nombreuse (> 8 chiots pour un chien de taille moyenne) et que l'éleveur n'a rien mis en œuvre pour pallier ce problème (séparation de la portée, mise en présence d'un autre chienne « assistante maternelle »), il y a un risque de trouble du développement. Enfin, si l'éleveur sépare les chiots de la mère avant l'âge de 2 mois sans mettre un autre adulte en permanence avec les chiots, il vaut mieux ne pas prendre de chiot dans cet élevage.

En animalerie ou en magasin, il est quasiment impossible d'apprécier les conditions d'élevage. Le vendeur peut dans le meilleur des cas vous parler de l'élevage dont provient le chiot, mais vous ne saurez rien sur la mère, son âge, son comportement, le nombre de chiots dans la portée, ni sur l'ambiance de l'élevage (chenil, hangar, maison...).

L'avantage de prendre un chiot chez un particulier ou dans un élevage familial, c'est que les informations relatives à la mère, aux chiots et aux conditions de développement sont généralement faciles à récolter et à vérifier.

À quel âge ?

Depuis la loi du 6 janvier 1999, il est interdit de céder ou de vendre un chiot de moins de 2 mois ce qui permet d'éviter les dérives commerciales, les ventes de chiots trop jeunes qui souffriront de troubles du développement. Il faut éviter de prendre un chiot de pluis de 3 mois s'il s'est développé dans un contexte pauvre en stimulations (chenil, élevage à la campagne) et qu'il devra vivre par la suite en milieu plus stimulant (milieu urbain, en présence d'enfants). En effet, après 3 mois, un chiot a beaucoup plus de difficultés à s'adapter à de nouvelles stimulations : le passage d'un contexte pauvre en stimulations à un contexte plus riche induira chez lui des réactions de peur, de l'anxiété voire une dépression (syndrome de privation stade 1, stade 2 ou 3).

En revanche, si le chiot est élevé en famille, reste avec sa fratrie et sa mère (bien équilibrée) toute la journée et qu'il accède au jardin pour y faire ses besoins, il est possible de retarder la « livraison ». En effet, quand les conditions de développement sont à ce point favorables, plus il reste avec sa mère, mieux il sera éduqué.

Quel chiot choisir dans la portée ?

Faut-il prendre le chiot qui arrive le premier vers le visiteur ? Pas toujours. En effet, le premier est peut-être le plus sociable, mais c'est peut-être aussi le plus actif de la portée... Un chiot qui mordille les mains et qui ne s'arrête pas qu'on crie « aië » contrôle mal sa morsure et se contrôle mal en général (déficit d'apprentissage des autocontrôles caractéristique de l'Hs-Ha). Ce chiot risque d'être difficile à éduquer, car particulièrement actif et réactif.

Il est évident que celui qui reste en retrait et tremble au fond de la cage n'est pas « téméraire » : il a peur de la nouveauté et/ou des humains et cela n'est pas bon signe pour un chien destiné à être un chien de compagnie. Le chiot qui grogne et mord quand on le prend par la peau du cou n'est pas bien socialisé : il ne supporte pas la prise par la peau du cou, il se rebiffe, sa mère ne l'a donc pas suffisamment éduqué (pris par la peau du cou et corrigé lorsqu'il était agressif). Il risque de développer de plus en plus de réactions agressives, et s'il est de grande taille, ce type de comportement est particulièrement dangereux.

En conclusion, je conseillerai, après avoir vérifié que les chiots sont restés avec leur mère bien socialisée jusqu'à 2 mois, de choisir « dans le paquet du milieu », de ne pas prendre le plus actif, ni le plus peureux, mais celui qui se laisse manipuler sans devenir agressif.

Si vous souhaitez obtenir des renseignements sur les consultations de comportement du Dr Valérie Dramard >> Cliquez ici